Il était une première fois…en Amazonie

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Suite de l’épisode précédent.

lastminute.com version MamourZ

Visiblement, aller dans un terminal de bus et demander le premier départ pour l’Amazonie, cela ne marche pas vraiment.

C’est donc [un peu à l’arrache] qu’on a fait notre recherche de la meilleure destination pour assouvir nos soifs exotiques, depuis Quito.
Difficile de faire sans agence pour explorer ces zones distantes. Avant de partir, nous avions repéré le mythique parc national Yasuni, habitat naturel des indigènes éponymes. Cette tribu évite au maximum le contact avec la civilisation – à tel point que tout visiteur non autorisé peut se voir chassé comme du bétail (littéralement, avec lances) voire tester leur tradition de réducteur de têtes.

Mais la réserve est loin, à un jour de trajet en bus et quasiment autant en bateau – et le temps est désormais compté.
Nous opterons pour le meilleur endroit suivant: La réserve naturelle Cuyabeno.


View Amazone / Rio Pacayacu in a larger map

Au passage, notre négociation de dernière minute pour une expédition de 4 jours et 3 nuits aura payé: $190, au lieu de $260 prix affiché. S’il y a bien une aptitude que nous avons travaillé durant ces quatre mois en Amérique latine, c’est à discuter prix…

Prochain bus à 21H30, on a passé une longue journée dans le terminal. Et une longue nuit dans le bus pour Lago Agrio.

Mais à 9H30, on est enfin dans le mini-van de l’agence Dracaena. A 12H on mange. Et à 12H30, on est parti en Canoé à moteur le long du fleuve Cuyabeno.

Mamoure & mon Panama Hat
Jour 1 On se dirige vers la zoneDéjeuner encore sur la terre ferme, là où la route s'arrêteIci, le transport c'est le Canoé

L’expédition commence.

Dia 1 – Acclimatation

Si Cuyabeno est un des meilleurs spots où observer la faune, c’est parce que c’est une zone type Pantanal, marécageuse. Elle est traversée par de nombreux fleuves, qui affluent vers le Rio Cuyabeno, qui afflue dans le Rio Napo, lui-même affluant dans le fleuve Amazone. Et nous sommes en saison humide, c’est vous dire le niveau des eaux. Les pluies sont quotidiennes – bonne saison pour croiser oiseaux et Singes, mais plus difficiles pour les Piranhas et les Reptiles car plus dur à trouver. En saison sèche, toute cette belle troupe d’animaux sauvages monte en scène sur les bords du fleuve, pour boire ou pour la chasse.

Les sourires étaient encore là, avant les 2H20 assisChauffeur 32 ans, marié à une "femme" de 13 ans, un enfant de 8 mois.007-P1160709008-P1160712009-P1160716On commence un festival de couleurs

Au bout de deux heures de canoé en compagnie d’un couple d’espagnols plutôt austères, nous arrivons au Nicky Lodge, notre camp de bungalows. Alors que les agences ont fleuri et ont développé d’autres zones plus en amont du fleuve, qui casse forcément un peu le charme, notre lodge est lui complètement isolé.

L'entrée officielle de la réserve, résidence des militaires "qui ne servent à rien".014-P1160735Ayant passé la réserve, la faune se fait plus remarquable: ici une rangée de tortues017-P1160750

Un peu cassés, on prendra nos marques en faisant connaissance à bord d’un autre Canoé avec le guide, Andres, et avec notre Bungalow de charme avec service de douche froide, moustiquaire, et éclairage à la bougie inclue.

Notre lodge020-P1160753La moustiquaire remplace avantageusement les fenêtres.022-P1160762Chaque soir, le "staff" se la joue romantique en allumant une bougie sur le ponton et devant chaque lodge

A la tombée de la nuit, on essaye de pêcher du piranha histoire de mettre du sushi à notre menu. Peine perdue, les eaux sont trop hautes…

Ca mord...pas.Sashimi de Piranha ? Pas encore, Andres coupe les appats: du bifteck, cruRon - Canadien anglophone, pêcheur converti.

Dia 2 – Le vif du sujet

Cuyabenofr magnifique, Merveilleux. Du fruit Cuya, qui se boit et dont la coque sert de coupelle.

Reposés, la première vraie journée démarre au petit déjeuner – royal – à 7H du matin.

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Vue du baroudeur - bottes, jumelles, chapeau de panama et... téléphone pour appareil photo :/et de la baroudeuse

C’est parti pour le briefing dans un environnement unique: 500 espèces d’oiseaux, 12 espèces de singes. On a a déjà vu six en quelques heures.

Premier singe ("Mono Charanco"): un résident en face de notre lodge

Hotsin, ou "Stink Turkey": Un Paon dont les excréments servent d'auto-défenseL'unique et inénarrable Andres

Andres parle beaucoup. Son accent anglais (vacances d’été européennes oblige) n’est pas terrible mais il connaît bien son sujet.

En 2H30, j’ai déjà écrit plus de deux pages de noms d’espèces sur mon carnet.

On prépare le blog....L'entrée du Nicky LodgeLes jumelles, ca aide033-P1160807034-P1160811Mono "Borisso", ou Squirrel Monkey: le plus petit singe, qui mange de tout et aime sauter par dessus tout.Giant River turtle

Les Quichuas [Longtemps av JC – 2015 ?]

On change de fleuve pour l’Agua Rica, aux portes de la réserve (notre lodge est à l’intérieur) pour observer l’étrange développement d’un village au beau milieu d’un paysage digne des émissions Ushuaïa.

Débarqués à Playa Cuyabeno, on assiste à la modernité en marche. Ici se construit la Ciudad del Millenium à coup de pétrodollars pour la communauté Quichua. Eux travaillent pour les compagnies pétrolières, sont éduqués en espagnol (et non en leur langue natale) et sont très ouverts sur le monde extérieur, à la différence d’autres tribus comme les Yasuni.

Andres prédit la disparition de leur culture d’ici quelques années. Nous, on est assis devant ces récentes maisons sur pilotis qui attendent d’êtres occupées.
Les Quichuas pilotent eux-même ce projet de village de 600 habitants avec rues pavées et même un futur stade. D’ici une quarantaine d’année, il est prévu de le relier par route à Lago Agrio, via un pont. Voire même jusqu’à Coca.

Ciudad del Millenium, design urbain en beau milieu de la jungle039-P1160824Ciudad del Millenium. Chalêts pour 6 et rues pavées.Ciudad del Millenium. Le futur stade

Mais seront-ils toujours là dans quarante ans ?
Ron, un autre touriste canadien partage le sentiment un peu bizarre, et dit que de telles communautés isolées du Canada ont rapidement sombré dans l’alcoolisme et la violence en s’ouvrant rapidement à la civilisation (et donc en modifiant leur mode de vie traditionnel). Les compagnies pétrolières sont aux portes de la réserve. Avec un village et une route, on peut facilement craindre une explosion du tourisme.

Progrès ou danger, la visite laisse un goût en demi-teinte. Le pétrole bénéficie à la qualité de vie des Quechuas, dont Judy, qui baragouine la langue de ses ancêtres.

Judy, qui nous guide dans une communauté Quichua. En jean, et Tongs...

En Jean et en Tongs, elle va étudier hors de la zone et peut-être revenir travailler comme ingénieur dans le pétrole, à Ciudad del Millenium.

Le chalet, l’électricité, l’eau et Internet sont gratuits pendant cinq ans comme incitation à l’installation. Le projet est intégralement financé par l’état, comme reversement d’une partie des profits faits sur le pétrole.

Le futur dira si les Quichuas on eu raison, mais on doute que le pétrole d’aujourd’hui fasse le bonheur de demain, surtout s’il vient à manquer: les forages sont mobiles, pas forcément pérennes.

Traditions & gastronomie Quichua: Bon appétit bien sûr

Arrivés à la prochaine étape, on visite la maison familiale (actuelle) de Judy et sa communauté – traditionnelle, celle-ci.

043-P1160829044-P1160831Arrivée en maison traditionnelle QuichuaLe pitchou, à l'aise dans l'eau nous aura aidé a traverser ^^

Après avoir fait le tour des plantations de cacao, de café, Andres extrait de la terre quelques racines de Yuca. On le pèle, puis on le rape. La pâte crémeuse est ensuite essorée dans une écorce naturelle, tressée de coton. Le processus prend une dizaine de miutes. Le four (en bois, et à bois) chauffe un perroquet frileux intéressé lui aussi par la cuisine.

Explication sur le Cacao. Sandra est au premier rang.048-P1160845Les grains de Cacao sont contenus dans la fève, entourés d'une chair fraiche et surprenament sucrée

La farine de Yuca, une fois séchée, est tamisée puis prend la direction de la “casserole” (un plat rond en fer posé sur les braises). La spatule est faite de Cuya.

La cuisson commence, et on prépare ainsi le “Pain de Yuca”, une sorte de crêpe que l’on retourne plusieurs fois.

Arrachage de la raçine de Yucca051-P1160852Préparation Yucca Etape 1: Eplucher, et laverLe fourPréparation Yucca Etape 2: On rape la raçinePréparation Yucca Etape 3: une fois en "bouillie", Judy met la substance dans l'écorcePréparation Yucca Etape 3: pour ensuite l'essorerPréparation Yucca Etape 4: la bouillie est désormais farine, que l'on tamise...Enfin, que Sandra tamiseLa salade d'accompagnementPréparation Yucca Etape 5: La farine est disposée dans le plat. Une crêpe Party, en somme

Mon premier pain de Yuca est informe comme toute première crêpe, mais pas brûlé. Ca passe très bien avec la petite salade Pepinos, Cebolla & Atun. Ou en version sucrée, avec confiture de Goyaba. Dommage, on a pas de Nutella….

A la nuit tombée, on ira faire une petite balade sur la terre ferme à la recherche de Caïmans. Peine perdue, on en aura seulement entendu un se jeter à l’eau (il faut dire qu’un groupe de 10 personnes n’est pas spécialement discret).

Coucher de soleil à Cuyabeno
La petite saucée quotidienne, sous le poncho064-P1160902065-P1160907

Les rives sont sauvages, la machette est votre allié.Pas mal de variété d'araignées en tout genre068-P1160923Admirez l'art du camouflage, saurez-vous distinguer la branche ?070-P1160940Scorpion SpiderLe soir, les différents groupes sont réunis autour d'un bon banquet

Dia 3 – La terre des singes

A l’aube, Liana est venue agrémenter notre sortie bi-quotidienne sur le canoé. Mono Choronco, elle ne griffe pas, ne mord pas, mais à faim (et froid). Le parfait animal de compagnie. On part à la recherche de dauphins d’eau douce, les fameux dauphins roses. On a dû dépasser les 10 heures sur l’eau, mais on ne les a toujours pas vu malgré la tenacité d’Andres.

Mono Auliador: le seul a pouvoir nagerLiana vient nous rejoindreApprivoiséee mais résidente hors du lodge, elle se jette littéralement sur toute forme de nourritureet ne laisse AUCUN reste079-P1170024080-P1170039

A la moitié de la journée, on part en excursion à pied. En petit comité cette fois avec les espagnols, Andres se lâche tout azimuts, avec des anecdotes de touristes essayant le Yarhué (la boisson hallucinogène traditionnellement préparée par des Shaman), et surtout les “affaires classées” des pétroliers. Cela ne donne pas envie de travailler pour Total, BP ou Chevron. Morceau choisi:

Lorsqu’un potentiel de prospection est détecté sur une terre occupée par des indigènes, elles [les compagnies pétrolières] fournissent avec soutien du gouvernement des armes. Les dissensions entre indigènes modernistes (comme les Quichuas, s’ouvrant aux revenus du pétrole) et conservateurs s’exacerbent jusqu’à un point de non-retour, divisant la communauté et facilitant ainsi leur “perméabilité”. Les militaires sont là pour appuyer la politique du gouvernement.

On comprend mieux la rafale de vannes qu’Andres a envoyé aux militaires effectuant des contrôles d’accès, et le peu de respect qu’il leur accorde. Ils ne sont clairement pas là pour protéger l’environnement.

Andres by himself. avec des raçines d'arbre d'une allure très capillaire.082-P1170053Avec beaucoup d'observation, j'ai déniché un serpent: Un Cabeza de LanzaPetit, pas venimeux, mange des insectes. Mais ses morsures peuvent infecter sérieusement085-P1170067Mini-grenouilleLe doyen des arbres: age inconnu et probablement 70 mètres de haut089-P1170086090-P1170088091-P1170093092-P1170095093-P1170098

 

16H30, alerte dauphin: un groupe les a repéré à l’entrée de la réserve. 30 minutes de canoé plus tard, on les traque. Ils jouent au chat et à la souris. Portrait-robot:

Nom: Delfino Rosado de Agua Dulce
Longévité: 25 ans (adultes à 5 ans)
Caractéristiques: Petit aileron, couleur rose/sang, voyage en groupe. Possède 140 dents et mange tout type de poissons (incluant Piranhas). Respire chaque 2-3 minutes à la surface.
Animal social, Se déplace en groupe.
Particularité: Double hémisphère cérébral leur permettant de dormir tout en restant actifs.

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Pas pu shooter les dauphins roses, alors pour se consoler voici à quoi ressemble le coucher de soleil096-P1170143
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Dia 4 – On remballe

Déjà terminé. On repart à 4H du matin pour que les espagnols ne ratent pas leur vol.

Dernier copieux petit déjeuner - il est 3H30 du matin...

Heureusement, ils se seront un peu décoincés avec le temps et même devenus de bons conseils littéraires pour démarrer la lecture en espagnol.
La jungle était un régal et il faudra revenir dans 5 ans pour voir comment vont les Quichuas.

J’écris les dernières notes depuis le Canoé, en m’accrochant au chapeau de Panama [d’Equateur] qui a fait un séjour fatal dans les eaux de l’Agua Rica.

A 4H du matin
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On arrive pas en Amazonie facilement. Mais le retour, direction la Colombie nous achève de nous convaincre qu’on est désormais deux vrais routards:

  • 2H45 de Canoé (avec tout de même un lever de soleil bluffant)
  • 2H de mini-van jusqu’à Lago Agrio
  • 9H de bus jusqu’à Quito, avec retard interminable et malaise de passager en route
  • 1H de battement à Quito, puis 6H de bus de nouveau, jusqu’au poste frontière
  • 5 minutes de taxi, 4H de sommeil, 30 minutes de traversée jusqu’à la ville frontière Ipiales…
  • et on repart pour Cali, 12H de bus sans clim et avec vomi en bonus !

Alors, qui a dit que notre tour du monde c’était que des vacances ? Prêt à nous rejoindre ?

One Response

  1. Claire says:

    C’est donc en Amazonie où ton chapeau de Panama a voulu nager sans succès…
    En tout cas, vous avez vu plein d’animaux, c’est génial!
    Gros bisous à vous 2!

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