… Cuba, Che Guevara, Sol y pobreza [côté face]

04-IMG_3062.jpg

Je ne suis pas prêt de revenir de sitôt à Cuba. Ne vous méprenez pas: les gens sont adorables, la musique typique, les danses incroyables, les plages paradisiaques, les plongées magiques, les Piñas Coladas addictives, le rhum bon marché, les voitures des années 50. C’est le Cuba de rêve, couvert dans l’autre article.

Mais clairement, quelque chose cloche. Les seuls revenus décents atteignent un tiers de la population, celle qui travaille avec l’industrie touristique, celle qui fonctionne en Peso convertible (un CUC, indexé sur le cours du dollar) et non en Moneda Nacional (qui vaut 25 fois moins). Cuba est peut-être un des seuls pays au monde à utiliser deux monnaies dans son économie – deux devises ayant cours légal à Cuba seulement.

L’île est un des derniers bastion du communisme – pur et dur –. Un régime où ni liberté d’expression, ni libre-échange n’ont lieu. En 2013, Cuba est “censé” être gouverné par Raul Castro qui se retirera d’ici deux ans. Les paris sont ouverts pour déterminer si un vrai changement de direction aura lieu, mais beaucoup de Cubains que nous avons rencontré sont sceptiques. On peut y voir plutôt une formule politicienne du type “le changement dans la continuité”, autrement des éléctions libres où les citoyens de l’île auront le choix entre Communisme et communisme. Plutôt ce dernier d’ailleurs, sans capitale, avec sans doute une émulation du système Chinois.

15 jours sur l’ile sont forcément dépaysants. On est avide d’anecdotes pouvant illustrer un système que l’on a seulement appris dans les livres d’histoire, système s’effondrant de toute part à la fin des années 80, alors qu’on apprenait à peine à l’époque à lire.

Voici une petite séléction pour vous donner un aperçu:

  • Les Cubains peuvent détenir un passeport (et donc voyager à l’étranger) depuis 2012, mais celui-ci coûte à peu près cinq salaires mensuels: 100 CUC/$ environ. Hors de portée de la plupart donc, qui ne sont pas aidés par des proches vivant à l’étranger.
    Pour enfoncer le clou, la plupart des ambassades étrangères refusent les demandes de Visa émanant des Cubains pour une raison simple: environ 80% des Cubains qui l’obtiennent ne reviennent jamais dans leur pays, ce que nous a confirmé un employé de Casa particular.
  • Il est interdit de posséder un bateau de pêche. Autant construire une autoroute de l’exil vers les US, à seulement 150 km de là…
  • Le logement est gratuit pour les Cubains, bien qu’aléatoire. Même si depuis très peu des réformes ont été introduites pour autoriser l’achat et la revente de maisons, et que des loyers symboliques font leur apparition.
  • Bon point néanmoins pour la santé, qui a fait l’objet d’un plan intense de développement dans les 60/70 et qui est aujourd’hui un secteur de pointe de l’économie. Aujourd’hui, le régime cherche à l’exploiter en facturant notamment des services aux étrangers. Fidèles aux traditions socialistes, Cuba envoie aussi régulièrement des missions sanitaires à l’étranger en situation d’urgence (ex: tremblement de terre en Iran) ou bien contre avantages notamment à d’autres pays Socialistes (ex: Venezuela, qui en échange fournit du pétrole à prix d’ami à Cuba)
  • Ce qui laisse un autre besoin primordial de la pyramide de Maslov à combler: l’alimentation.
    Les cartes de rationnement existent toujours. 5 livres de riz (~2.5kg), quelques Frijoles (haricots noirs) et 1/2 livre d’huile par mois, autant vous dire que si les termes “cuisine cubaine” vous font rêver, la “cuisine à Cuba” vous ramènera sur terre, en France ou dans tous les cas – ailleurs.

pyramide_besoins_maslow

  • Concernant biens & Services, si le régime ne subventionne pas, débrouillez-vous.
    • Le shampoing est-il un luxe pour vous ? A un sixième du salaire moyen, il l’est certainement ici.
    • Le téléphone portable existe, un service national nommé Cubacel. Parole d’employé Orange, la minute de communication depuis l’étranger vers Cuba est prohibitive (plus de 2,5€ de la minute) et sert aussi à financer le régime. Noël, un des employés travaillant dans une des auberges, économise un an et demi pour son téléphone.
    • Un email cubain est accessible, et Internet (filtré) en principe. A prix modique: 6 CUC/$ de l’heure, ou un quart de salaire…

Les valeurs communistes de la révolution de 1959 sont idôlatrées nationalement (“les héros” sont les seuls à faire apparition sur les panneaux de publicité). A lire l’histoire passionnante de l’île et les excès impérialistes des USA (ingérance, invasion…) , ca me donnerait presque envie de passer les douanes américaines avec un T-Shirt rouge de Che Guevara bardé d’une inscription “Hasta la victoria siempre”

Mais des vacances à Cuba vous feront cependant changer d’avis. Castro & cie ont trouvé une nouvelle perfusion pour se maintenir : le tourisme. C’est cette ouverture au monde qui aura permis aux Cubains de sortir de la période de crise (“Perioda especial”) suivant l’éclatement du bloc communiste en 1991, jusqu’en 1997. Et accessoirement, de manger.

Aujourd’hui, j’ai vraiment l’impression de voir un régime malade qui prône l’égalité dans la misère et la médiocrité. Même pas: l’égalité n’existe pas ici non plus, puisqu’un médecin gagne au maximum 25 CUC/$ par mois alors qu’un chauffeur de taxi, beaucoup plus. Ces derniers ont souvent changé de profession, et sont étonnament cultivés.

D’ailleurs, c’est un taxista privé qui me l’a résumé le mieux: dans le communisme, les employés n’ont aucune incitation à progresser. Médecin, banquier, serveur – quelle que soit votre métier, l’état fixe le salaire et tout le monde stagne.

La situation changera sûrement dans les prochaines années. Et si le voyage chez les rouges vous intéresse, c’est vraiment maintenant ou jamais, au vu des récentes lois qui vont inmmanquablement changer le pays pour toujours. Un pays bourré de contradictions, un peu comme la suite de nos deux billets sur le pays: je recommande le voyage mais ne veut plus subventionner le régime.

Casa Particular - le premier "Négoce Particulier" autorisé à Cuba, à la fin des années 9002-IMG_3211
Le début du soutien communiste massifPour la bio du Che, de Fidel - c'est ici. Pour la presse libre, sortez de l'île...
Il y a du boulot...
03-IMG_4092
Ron Havana Club: Une co-entreprise 50-50 détenue par le gouvernement et Pernod RicardL'ingéniosité Cubaine en action, cette fois sur les mobiles
Avenues vides en centre-ville: Aujourd'hui, à part le tourisme, le réseau routier est sous-utilisé (à $1.30/L, l'essence est prohibitive pour la grande majorité)Centre sportif au centre de la Habana. Visiblement délabré depuis longtemps..
La Cadeca, caisse de change pour touristesSeul type de publicité à Cuba: Les causes nationales (ici, 5 Cubains condamnés "injustement" aux USA)11-IMG_6776 (2)

PS: Claire, Arnaud, n’hésitez pas à partager les anecdotes que j’aurais manqué (probablement beaucoup)

3 Responses

    • Romain says:

      Merci Benou. C’était pour montrer (un peu) l’envers du décor “carte postale”

  1. Claire says:

    Salut!! Tu as super bien résumé la situation à Cuba, la vrai Cuba.
    Comme tu me le demandes, je vais ajouter quelques anecdotes:
    - Depuis seulement 2010, les cubains ont accès aux hôtels
    - Dans certaines villes, l’accès à Internet est refusé aux Cubains. Même si un cubain souhaite payer 6 CUC (soit 1/4 de salaire) pour 30 min d’Internet, le cybercafé lui refusera l’entrée tout simplement parce que c’est un cubain…
    - Situation encore plus injuste, certaines parties du pays (plages, îles, etc) sont interdites aux cubains. Vous imaginez si on interdisait aux français d’aller à Cannes ou au Mont Saint Michel, mais que tous les touristes du monde entier auraient droit de visiter ces endroits ?
    En effet, il a plein d’autres histoires, mais on vous laisse les découvrir sur place !

Leave a Reply