Entracte montagnarde: Hakone

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Avouons-le, il y a un moment que vous ne manquerez point (ou n’avez pas manqué) durant votre séjour dans la région de Tokyo: la “poursuite” du Mont Fuji.

Véritable icône du Japon, il orne les timbres postaux, les mangas, les peintures, et les couvertures de guides de voyage. Il est vrai que ce sommet parfaitement symétrique à presque 4000 mètres a quelque chose de poétique.

Mais il n’est visible que moins de 100 jours par an, c’est donc un peu la roulette pour pouvoir le photographier correctement. Et le capturer nous le voulions – les géologues prévoient prochainement (entre 1 et 100 ans ?) une éruption qui décapitera le sommet. Honnêtement, l’hypothèse serait tellement déprimante dans l’archipel que la crise économique passerait pour une bonne nouvelle en comparaison.

Je m’égare ? Pas vraiment. Sur conseil de Mari, nous avons donc choisi de nous rapprocher de la pittoresque vue du Mont Fuji, à Hakone.

La Région d’Hakone


View Hakone Region in a larger map

To pass or not to pass

Pour voyager au Japon, il y a toujours des Pass, ces formules “j’y gagne à tous les coups” que les professionnels du transport veulent toujours vous refourguer.

N’ayant pas pris le JP Rail Pass, on s’était dit qu’on allait cette fois tenter la formule de trois jours, les offices de tourisme démontrant par A+B que l’on y gagnait en argent (les offices de tourisme, par ailleurs très pratiques sont aussi très fortes dans l’argumentation).

Hakone Free Pass, 4400¥ pour 3 jours...

Ce qui fait le succès de la région montagnarde au delà de la vision de carte postale, c’est l’efficacité des transports collectifs – une combinaison de trains qui permet d’aller admirer la vue dans une vallée juste en face du Mont Fuji. Attention, notez l’utilisation du mot “collectif” et non public: tout est privatisé.

C’est donc parti pour

  1. Un train de Tokyo jusqu’à Odawara, sur la ligne du train à grande vitesse, le Shinkansen
  2. Un train local, d’Odawara à Hakone-Yumoto
  3. Un train “Switchback” (changeant de sens à chaque station) à crémaillère d’Hakone Yumoto jusqu’à Chokoku-no-mori
  4. Un funiculaire qui débute à Gora jusqu’à Sounzan.
  5. Enfin, un téléphérique vous emmenant en un point haut, en face du Mont Fuji.
  6. Ah non, Enfin (bis) : en redescendant de l’autre côté de la vallée toujours en téléphérique à Moto-Hakone on peut embarquer sur un bateau traversant le lac, revenant à un autre bled qui rejoint ensuite Hakone Yumoto en bus. La boucle est bouclée.

Le tout à une heure en train de Tokyo, ca sonne plutôt bien sur le papier, non ?

Tranche de tradition: le Ryokan pour les nuls

Le trajet se passe bien: les trains partent et arrivent à la seconde près, et vous laissent suffisamment de temps pour changer de quai et prendre le transport suivant (qui part dans la foulée). Pourtant, on l’appréciera très peu. Quelque part sur l’étape 3 listée précédemment, Sandra et moi-même avons visiblement envie de nous prendre le chou. Fatigue du voyage, réveil tôt, bref je ne sais pas il y a des jours comme ça qui débutent mal et je suis incapable de vous dire l’origine de la brouille.

Altitude 551m, température 11°. Arrival, ca grimpe !Ici, c'est plutôt la traduction qui a l'air douteuse

Ca ne dure jamais bien longtemps heureusement, et la tradition japonaise vient à notre rescousse. Arrivée à Chokoku-No-Mori, après quelques minutes de marche sous la pluie nous arrivons dans un hébergement traditionnel japonais: un Ryokan.

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Le Ryokan, c’est l’hotel Japonais avant l’import du concept (et du mot) occidental de l’hotel. Il en existe plusieurs catégories selon les ¥¥¥ investis. Les moins chers démarrent à environ 1000¥ la nuit et c’est donc un luxe excluant d’office le Backpacker classique. Vous pourrez rajouter quelques zéros à l’autre bout de la gamme, avec un service paraît-il incroyable. On fait couler votre bain, on vous masse le dos, le tout avant même que vous exprimiez vos envies.

Quelque soit la catégorie, ce type de logement inclue le mobilier traditionnel japonais: lit futon déployé sur le sol, table basse, etc.

Premier Ryokan à HakoneSéjour, Kitchenette, mini-balcon, chambre... Spacieux!Les toilettes du Ryokan. Moins High Tech, mais la cuvette chauffante est essentielle à 800m d'altitude50-IMG_0182Yudokoro Choraku

Petit résumé du Yudokoro Choraku:

  • une grande chambre (ca change du dortoir entassé de Tokyo),
  • avec petit coin cuisine (frigo, plaques), et zone de nuit (une porte coulissante séparant le reste)
  • Micro-balcon.
  • L’isolation est par contre pourrie et il y fait 14°.
    Blague à part: le chauffage est via Clim-pompe à chaleur, pilotée par un boîtier de contrôle… à PIÈCES ! La table basse par contre, a un chauffage inférieur. Autant marquer d’une croix l’endroit favori de Sandra.

Il y a un WC à cuvette (chauffante), un lavabo à mitigeur (monté à la japonaise: faut pousser pour l’eau), mais pas de salle de bains.

Et enfin on retrouve la cuisine... enfin, version Jap': My First RamenJe crois que c'était pas trop mauvais.14° degrés mais de grosses couettes - on dort comme des nouveaux-nés

Ce qui réchauffe le coeur par contre, c’est le rez-de-chaussée, où nous irons faire notre toilette pour la premère fois dans le style nippon. (voir ci-après)

Attention, vous êtes dans une zone à risque sismique, géothermique, linguistique et tutti quanti

On aurait passé une bien belle nuit si à 5H du matin, une sirène stridente et continue n’était pas venue nous tirer de nos rêves. Petite anecdote:

Dans le Japon post-Fukushima, on se disait que tout est vraiment possible ici – des sommets actifs volcaniques font que les Japonais sont prêt à pouvoir évacuer la zone d’Hakone en cas d’éruption ou de rejet massif de gaz toxiques qui sortent du sol.

Alors imaginez deux Gaijin isolés (personne d’autre que nous dans la Guesthouse), réveillés par ce bruit. Il n’y a aucun guide d’alerte en anglais. Après êtres descendus dans le hall (vide), s’être réfugié sous les matelas (l’air con), la sirène s’est finalement arrêtée (un bon quart d’heure plus tard).

Comme dit l’expression, “les bras nous sont tombés” en apprenant la source de ce ramdam: un banal incendie. Non, pas un incendie à proximité (A Chokoko-no-mori) mais à trois stations de train de là, à Gora. A 5H, les camions sont sortis avec des mégaphones et annonces, plus leurs sirènes que nous ne connaissions pas.

Franchement, tout ce bordel était-il vraiment nécessaire – peut-être fallait il faire peur aux biches, afin qu’elle ne viennent pas densifier la circulation (nulle) entre ces deux petites bourgades isolées ?

Bref, encore un truc qu’on comprend pas. Ce ne sera pas le seul…

Onsen ?

L’Onsen, c’est le bain d’eau de source thermale qui quadrille chaque préfecture du Japon. C’est aussi un des facteur du succès d’Hakone, et notre Ryokan en possède un petit en bas.
Après avoir demandé en langue des signes à la patronne – une petite mamie courbée mais souriante facilement trois fois plus agée que nous – le mode d’emploi, on finit par se retrouver dans la salle “famille”, à poil.

C’est donc ça… Soucieux de ne pas comettre d’impair, on suit le guide à la lettre. En fait, on se lave avant le bain sur des tabourets pour enfants avant de plonger dans le bain collectif.

et première expérience du Sandra s'habitue vite aux moeurs Japonaises

Réchauffant, apaisant – on se sent forcément mieux pour aller faire le reste du trajet en train. Et s’aventurer vers une belle déception…

Made in Japan

Vous connaissez le concept “autocar-parking-photoHystérique-boutique Souvenir” ? Bienvenue dans le pays qui l’a vu naître.

Nous sommes en semaine, mais les trains sont blindés. Le funiculaire laisse place au téléphérique. Le téléphérique laisse place à un autre téléphérique. La vue… est bouchée, et on ne fera qu’imaginer le Mont Fuji au loin.

Arrivés en haut, on a droit à un spectacle déprimant de bas de station de ski, version tourisme de masse. Il y a quelques plate-forme d’observation qui sont pris d’assaut… mais pas autant que les parkings où s’entassent les bus des tours organisés.

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Et encore, je ne vous parle pas des boutiques souvenirs… Le souffre est éjecté par endroits de la terre, ce que les marchands exploitent en vendant des oeufs noirs, cuits dans les vapeurs toxiques. La légende dit que l’œuf a des vertus thérapeutiques, la réalité mercantile vous offre une vision d’une usine à touriste déprimante.

Quoi qu’il en soit, le trajet est gratuit inclus dans le Hakone freepass, on redescend en ayant pris deux photos du coucher de soleil, pour refaire un tour dans l’onsen du Ryokan.

Hakone Ropeway: le téléphérique16-IMG_0058

Toxic

Coucher de soleil.... A droite, dans le nuages, le Mont Fuji

Just Trek it.

Ici, vous avez compris qu’à être trop accessible, surtout à peine 1H30 de Tokyo, Hakone semble beaucoup moins poétique que la carte postale. Heureusement l’alternative trekking est à portée: le lendemain, on partira de 700m d’altitude à pied pour éviter les foules, et grand bien nous en a pris. (En fait, on a même fait un aller/retour jusqu’au sommet en téléphérique pour dire bonjour au Mt Fuji, le temps étant changeant. Sans succès)

Admirez les couleurs de l’Automne…


View Kamiyama Trail, Hakone, Japan in a larger map

La seule chose à laquelle on ne s’attendait pas courant novembre, c’était la neige…

Début du Trekking. Ah bon, c'est dangereux ?18-IMG_007419-IMG_007720-IMG_0078

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Couleurs d'Automne by Mamoure

22-IMG_008123-IMG_008524-IMG_0095Heu, serait-on un peu trop montés ?26-IMG_010227-IMG_010428-IMG_0108Encore caché...I want my Fuji, by SchtroumpfetteUn temple shintoïste, sur les hauteursTellement en hauteur (+1300m) que l'on voit jusqu'à Tokyo33-IMG_013434-IMG_013635-IMG_0138Le lac vu d'en hautCa n'a rien à voir, mais le lama japonais est plutôt sympa.Pause Gastronomique, Soba NoodlesLe guide le plus utile du Japon, trouvé dans un restaurant

Sandra en train de savourer l'attrape-touriste42-IMG_0160Lac d'Hakone: Un trajet de bateau remplis de touristes drogués à la photo souvenir Gnan Gnan (le sourire est forcé)44-IMG_0169Moto-HakoneLe bateau - à toutous du lac Ashinoko

Enfin, la fin de la journée se passera dans un autre Onsen (du style centre aquatique), le Yuno-sato. Sandra du côté fille, moi du mien, tous à poils encore une fois. Alterner les bains bouillonants en montagne, à la lueur du clair de lune, c’est quand même la grande classe. (pour seulement 1200¥)

THE Onsen experience...

Le conseil routard

Ah, si jamais vous passez par là, n’oubliez pas (comme nous) d’emprunter la vieille route qui part du le lac Ashinoko pour rejoindre Hakone-Yumoto. On l’a manqué bêtement en loupant un bus, mais de nombreux voyageurs nous l’ont recommandé.

Conclusion

The good:

  • La montagne seulement à 1H de Tokyo
  • L’accueil des locaux, et l’aide incroyable pour chaque direction (en langue des signes plus souvent qu’en anglais)
  • La profusion des bains d’eaux chaude, la détente

The bad (and the ugly):

  • La montagne seulement à 1H de Tokyo
  • Peut ressembler à l’usine à touriste dans sa plus belle splendeur
  • C’est cher (transports et hébergement). Il y a une seule auberge dans le coin.
  • Les nuages gachent [souvent] la vue du Mt Fuji. Sérieux, au XXIè siècle, au Japon, ils n’ont pas encore trouvé la solution ?

On conseille:

  1. d’y aller en semaine, ou de ne pas y aller du tout
  2. de ne pas acheter le pass, mais de marcher. En deux-trois jours, c’est faisable et bien plus sympathique
  3. d’aller dans les Onsen trois fois par jour ou plus si affinité

Il est temps de se remettre en scène pour l’Acte II: Kyoto. Direction le Shinkansen, 2H15 pour 700km…

Petits en sortie scolaireRomain adore les trains

Le Shinkansen

Avouez que notre TGV a quand même moins de gueule...

La voilà, l'Arlésienne !

60-IMG_0327"M*, le train va trop vite, j'aurais jamais le temps de rattraper le retard sur le blog.."

La courte entracte se termine, mais ne manquez pas l’acte II – Kyoto, l’ancienne capitale.

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