Shocking Bolivia

32-P1150132.jpg

Si vous êtes arrivés au bout de la vidéo du Salar d’Uyuni, vous avez vécu au moins deux dimensions (sur trois) d’un sacré changement:

1. Musical – On ne connaissait pas la musique Andine, nous voilà servis tant en voiture qu’en bus ou dans la rue; Cette fusion indescriptible mélange voix perchées, clavier synthétique et paroles romantiques extra niaises (finalement, il y a bien un maigre avantage à pratiquer un espagnol limité)

2. Visuel – Les panoramas de l’Altiplano, peuplés de lamas & alpacas (une race d’altitude, donnant une laine plus fine)

3. Culturel – L’arrivée à Uyuni, ville touristique et limitée proche du Salar nous offre les premiers contacts “authentiques” avec les locaux. Tranches de vie(s) ci-dessous….

Le culte de la constestation

Uyuni ne présente pas de grand intérêt, ni à vous conter, ni à visiter. L’altitude de cette ville-champignon sur l’Altiplano (portée par les excursions du Salar) y est élevée. Un dédale de “chemins” poussiéreux vous emmène dans des restaurants ou agences touristiques. La vie y est rude et les températures sont glaciales la nuit, et les constructions à moitié terminées ne doivent pas aider…

Bref, arrivés vers 14H, nous nous imprégnons de toutes choses boliviennes, discutons à l’agence et négocions una Flota (bus) pour nous rendre à Potosi – la première vraie étape en Bolivie. Bolivianos frais en poche, on achète notre premier ticket de Flota pour le soir même: 30 BOB (3.5€) pour 4H30 de trajet, le budget des MamourZ ne risque pas d’exploser…

Depuis le Nord-Ouest Argentin, nous avions déjà entendu parler des grèves boliviennes. Ce qu’on ne savait pas, c’est que ce soir là culminait le blocage de la seule route menant à notre destination.

Route vers Uyuni
06-IMG_0946
Le Blocage bolivien - 20 pelés, 10 cailloux et même des marchands ambulants

La garantie du chauffeur (“nous partons à 19H, attendrons une demi-heure avant de rebrousser chemin – et le cas échéant, vous rembourserons intégralement”) nous rassure, au pire à 20H30 nous serons de retour à Uyuni pour trouver une auberge, au mieux à minuit à Potosi. Le barrage est à géométrie variable, et certains ont pu passer plus tôt dans la journée.On se retrouve pourtant à attendre jusqu’à 23H, un peu lobotomisés par un film américain en DVD piraté sur les écrans, et en la mauvaise compagnie d’un français raleur visiblement excédé par 3 semaines dans le pays.

La perspective d’une arrivée à 4H du matin ne nous réjout désormais guère – mais le “meilleur” reste à venir. A 23H30, le chauffeur nous invite à descendre en masse du bus et “faire pression” sur les protestataires, toujours sans vouloir revenir à la ville, à 20 minutes de notre point de départ.
Ne sachant rien de la discorde, nous déclinons l’invitation. Je vois mal un étranger en France faire de même aux grévistes SNCF pour continuer son voyage, alors imaginez un Gringo en train de faire la leçon à des Boliviens probabement 1000 fois moins argentés.
A 00H30, on comprend enfin le petit manège du chauffeur: il attendait l’arrivée du bus venant à contre-sens pour faire un échange nocturne de passager. Ceci impliquant donc traversée du barrage à pied, nous prenons nos baggages pour arriver, à une dizaine de mètres plus loin sur un simple amas de pierres, et un rassemblement d’une centaine de personnes.
Le ton monte – le barrage ne s’ouvre même pas non plus aux piétons et le courageux chauffeur hurle à bonne distance pour que nous contournions par les champs. Les insultes fusent, ça se bouscule et vous pouvez imaginer nos têtes, équipés de lampes frontales à essayer de se frayer un chemin. A 00H40, quelqu’un hurle “piedras”, “Cuidado”: Le français ronchon a vu passer un caillou à quelques centimètres de sa boîte cranienne, et nous avons probablement établi un record de vitesse en sac à dos pour se réfugier dans le bus.
L’ambiance est surréaliste, et une autre française fond en larmes, cherchant son compagnon.

Plus de peur que de mal, on se joint finalement à Grincheux pour engueuler l’irresponsable chauffeur et retourner à Uyuni. Nous traverserons le lendemain à pied sans coup férir, et avec une autre compagnie. Avec le plaisir, cette fois, de profiter des panoramas….

04-IMG_0950A plus de 4000 mètres, entre Uyuni et Potosi

Potosi, comme dans le film

On arrive finalement à Potosi. Potosi, c’est 4300 mètres d’altitude et l’impression que vous soulevez un buffle à chacun de vos souffles. A quoi il faut ajouter au cocktail une ville uniquement en pente, et des pots d’échappement aux normes Boliviennes…

Potosi depuis notre hostel
Premier BouiBoui, un lama à la casserole, dans une Casita bien chaleureuse
Eglise de Potosi
Hamburguer de Quinoa, et premières frites (d'une longue série...)
Protestacion en Potosi
17-P1150073
Mercado Central de Potosi
Les Boliviens sont entrepreneurs, et les marchés ambulants
12-P1150057
Une autre façon d'acheter
20° et une moelle de boeuf s'il vous plaît...
15-P1150069
Les mamacitas sont toujours chargées

Nous partagerons le taxi avec un couple de fonctionnaires anglais, Carly & Dave, ce dernier me décryptant la politique énergétique du Royaume-Uni – ca fait passer le temps et enorgueillit le français qui dort en moi sur le nucléaire.

On a choisit un hotel du Lonely Planet, très sympa bien qu’un peu cher: Le service exceptionnel (entendez chauffage inclus) vaut bien les cinquantes bolivianos (6 euros).

Potosi, c’est l’arrêt obligatoire pour aller visiter les mines. Pour trouver un nouveau souffle économique, la ville s’ouvre de plus en plus au tourisme, au fur et à mesure que les réserves d’argent, de plomb et d’autres minérais précieux se sont étoffées. Les mines se visitent peut-être, mais elles sont pourtant toujours en activité – les groupes de visiteurs viennent se rendre compte des conditions de vie des mineurs… pour le moins abominables.

L’anti-Disneyland

Disneyland, c’est un peu mon expression passe-partout pour qualifier les lieux qui perdent leur authenticité dans leur quete du dinero du gringo. Impossible d’y penser ici…
J’était assez mal à l’aise à l’idée d’aller visiter la mine en premier lieu – conditions pénibles, tourisme, voyeurisme ? – mais pas tellement pour les dangers d’accident et de mort (dont se décharge l’agence avant toute excursion).

La visite démarre par l’équipement, puis un passage au marché des mineurs pour acheter des offrandes aux mineurs avec les explications du guide. Feuilles de Coca, Jus de fruit, Alcool et batons de TNT – tout y est en vente libre. Nous verrons ensuite le processus d’exploitation de la Plata (Argent): On casse la pierre, on sépare chimiquement dans un bain, puis l’on laisse décanter dans des piscines à ciel ouvert. S’il n’y avait pas eu ce projet allemand, leurs eaux polluées se déverseraient dans la nature…

Le costume du mineur
Al Qaeda Training - Le mélange de dynamite
Alcool 96°C "potable" - ca va plus vite
Batons de dynamite et accélérateur
Processus d'extraction de l'Argent - 1: On brise la Roche
Processus d'extraction de l'Argent - 2: On mélange dans un bain chimique
Obligatoire mais coûteux et donc peu respecté

Grèves & blocages de la ville obligent, on grimpe 20 minutes sur l’un des flancs de la montagne défoncée – le souffle est court, mais l’on va vite arrêter de se plaindre en entrant dans le tunnel d’accès à la mine. La température augmente vite pour atteindre les 35° à 40°. Les galeries se réduisent à moins d’un mètre de hauteur, et il n’y a pas grand signe de quelconque norme de sécurité. Mais le plus difficile, c’est cette Polvo, (poussière) levée par chaque transit et nouvelle perforation de la roche à la dynamite: Mercure, Plomb et j’en passe – la seule protection efficace est un masque qui complique chaque respiration. Pour 2H dans la mine, nous nous contenterons de notre T-shirt pour filtrer; les mineurs, eux, n’ont pas souvent les moyens de s’équiper.

Dédale d'entreprises minières, sur les hauteurs de Potosi
Montée à la mine
Scène de vie courante
Encore avec le sourire aux lèvres

Eux vénèrent El Tio, le diable de la mine qui orne une galerie voisine: offrandes et célébrations leur apporte sécurité à chaque descente. Cette dernière peut durer jusqu’à 8 heures consécutives, mais officieusement plus. Tous sont majeurs (le syndicat de mineurs effectue désormais des contrôles). En revanche leur espérance de vie ne dépasse pas les 40 ans, en raison des polluants qu’ils inhalent, le tout pour un solde mensuel dérisoire un peu plus haut que la moyenne. Tous sont d’origine indigènes, Quechuas, Aymaras – à l’arrivée des espagnols, au XVè siècle, eux seuls survivaient au cocktail altitude-chaleur-maltraitance.

Changement de gallerie
Mineur au travail - le pus agé rencontré, 50 ans
Chargement de pierres - un des touristes du groupe sauvera de peu sa jambe, dû à un roc chutant d'une galerie 50 mètres plus haut
El Tio

Jetez un coup d’oeil à la vidéo ci-dessous pour voir l’intérieur de la mine – et si vous voulez en voir un peu plus, vous pouvez aussi regarder le film américain The Devil’s Mine, décrivant les sinistres conditions de travail de Potosi.

Finalement, en donnant son coup de pelle et ses offrandes, El Gringo gagne ainsi la tolérance des mineurs.

Journée sans voiture
Patrimoine mondial de l'UNESCO

Sucre, capitale du pouvoir judiciaire

Deuxième ville de notre itinéraire, Sucre est aussi classée au Patrimoine mondial de l’Unesco. Facades blanches, cathédrales, Plaza de Armas typique de l’architecture coloniale espagnole, la balade est plutôt sympa.

75-IMG_0975
Iglesia Sucre
40-IMG_0977
Plaza 25 de Mayo - Sucre
42-IMG_0979
43-IMG_0981

Ce qui l’est encore plus, c’est son marché: Un demi-litre de cocktails de fruits frais à 7 bolivianos (0,80€), des épices en tout genre, des plats typiques, des pains des gâteaux et j’en passe.

44-IMG_0983
45-IMG_0984
Les Cakes boliviens- Monstrueuses constructions de Pur Sucre (un comble, dans la ville)
47-IMG_0989
Le principe de base commercial: la concentration est essentielle
négocations
dégustation
admiration
information
53-IMG_0999
l'affichage des prix - très virtuel
55-IMG_1001
56-IMG_1004
Mercado central
58-IMG_1006

Une petite dernière passe de photos pour la route:

59-IMG_1008
60-IMG_1009
A Sucre siège la Cour suprême, et donc les meilleurs professionnels
62-IMG_1012
Court suprême
64-IMG_1016
65-IMG_1017
Les Salteñas, Pains salés consommés en milieu de matinée, sont forcément meilleures chez Maguy
Para ti chocolate (le meilleur de Bolivie)
Enfin l'humitas!
L'envelopppe contient : Maïs écrasé cuit, et Charque (Viande Séchée cuite)
71-IMG_1026
72-IMG_1027
73-IMG_1028
Cireur de chaussure
Sucre vue de sa place centrale
78-IMG_1042
Sucre
80-IMG_1047
L'hotel, sans commentaires
Hostel Amigo
Le seul repas cuisiné de Bolivie sera...copieux et trop cuit

On rencontre à nouveau Carly & Dave dans un bar le samedi soir. Cocktails bons marchés (8 pour le prix d’un en France), cela aurait pu être une nuit de folie. Le proprio de leur hôtel en a néanmoins décidé autrement, les interdisant de sortie après 23H sous peine de rester enfermés dehors…On a ce que l’on paie.

Deux nuits passent, il est temps de continuer le voyage – direction l’autre Bolivie, à moins de 500 mètres au dessus du niveau de la mer !

Bus Antique Bolivien, sur l'autoroute (Piste de terre, 100km/h sauf en cas de trafic en sens inverse où l'arrêt est obligatoire)

4 Responses

  1. Francoise says:

    Quelle aventure ! Ça ne me donne pas trop envié – les mines au Chili offrent meilleures conditions ( mais je n ai vu que mines à ciel ouvert) et l aspect pollution m avait effarée aussi tant sur le massacre de la montagne que sur l évacuation des déchets !!!! Bisous les mamours

    • Romain says:

      Hello Françoise… les docteurs disent que 2H dans la mine risquent peu d’affecter ta santé ( sauf a te prendre un coup de grisou, un effondrement de galerie ou bien un caillou sur la jambe), mais ca vaut tout de même le détour – bien des européens installés dans leur cocon (non, je ne pense pas du tout aux Parisiens…) devraient voir ca pour relativiser !

  2. Gérard Priot says:

    Bonjour les Zam,Rassure-toi Romain, on voit dans votre visite des mines de Potosi, bien plus d’authenticité que n’en expriment les touristes se promenant dans nos Musées de la Mine comme celui du Pas de Calais ! Bises à vous deux (si depuis vous vous êtes douchés !)

    • Romain says:

      Premier commentaire , bravo :)
      Je pensais à installer des liens sponsorisés sur le site pour financer le savon, ca fait longtemps qu’on a pas pris la petite douche…

Leave a Reply